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Anxiété et choix de carrière : causes, répercussions et solutions

Un homme assis sur un banc de parc regarde au loin, songeur. Devant lui il y a un grand arbre et un ciel bleu.

La fin des études secondaires est reconnue par de nombreux spécialistes de l’orientation professionnelle comme étant l’un des moments les plus importants et déterminants que l’individu aura à vivre en termes de cheminement professionnel.

Ainsi, le choix d’orientation, à l’adolescence, peut constituer à lui seul une source considérable d’anxiété. Ce qui n’est pas surprenant, étant donné ses multitudes répercussions dans tous les domaines de la vie, et souvent pour de nombreuses années à venir.

Audrey Dupuis, conseillère d’orientation et candidate au doctorat en éducation à l’Université de Sherbrooke, fait partie de ces chercheur.e.s universitaires qui s’intéressent spécifiquement à l’anxiété face au choix de carrière chez les jeunes. Dans le cadre de sa formation actuelle, elle a développé et mis en application un programme d’intervention de groupe visant à réduire l’anxiété face au choix d’orientation des élèves du secondaire. Il en est question plus en détail à la fin de cet article.

Dans cet article, Audrey nous explique ce qu’est l’anxiété face au choix de carrière, ses principales causes et répercussions, ainsi que des conseils pour la diminuer.

L'anxiété chez les jeunes Québécois
Saviez-vous qu'au Québec plus d'un jeune adulte de 15-29 ans sur trois (34,7%) éprouvait un niveau élevé de détresse psychologique en 2014-2015 et que ce taux était encore plus élevé (37,1%) chez les plus jeunes de 15 à 19 ans? C'est ce que nous indiquent les plus récentes données de l'Institut de la statistique du Québec (source). Et selon les mêmes données, près d'un jeune adulte québécois sur quatre (23,7%) vivrait du stress considérable au quotidien.

Qu’est-ce que l’anxiété face au choix de carrière?

L’anxiété face au choix de carrière constitue une anticipation négative de l’avenir spécifique au choix de formation ou au choix de carrière. Bien que surtout propice vers la fin des études secondaires, l’anxiété face au choix de carrière peut survenir à tous les âges de la vie, lorsqu’on est confronté à une importante décision en termes de formation (ex.: retour aux études) ou de carrière (accepter ou non une promotion, changer d’emploi, se réorienter).

Or, comme l’explique Audrey, l’anxiété face au choix de carrière peut débuter assez tôt dans le parcours scolaire des jeunes :

«Habituellement, là où l'anxiété est plus susceptible d'émerger, c'est vers la fin du 3e secondaire lorsque les élèves doivent faire leur choix de cours en mathématiques et en sciences de 4e secondaire. On va leur dire, peut-être pour la première fois de leur vie: “le choix que tu fais-là, il va avoir une influence sur ton futur. Trompe-toi pas.”»  -Audrey Dupuis, conseillère d'orientation et doctorante en éducation

Les principales causes de l’anxiété face à un choix d’orientation

L’anxiété face au choix de carrière ne découle pas d’une seule cause. Au contraire, on trouve une multitude de causes qui peuvent générer de l’anxiété face au choix de carrière:

  • Avoir une faible connaissance de soi
  • La peur de faire le «mauvais» choix de carrière
  • Avoir à faire des deuils professionnels
  • La pression des parents
  • La précarité financière
  • Des services d’orientation peu accessibles dans les écoles secondaires
Un jeune adulte marche dans une rue déserte. On le voit de dos et il porte un sac à dos gris. Au loin, il y a des champs et des arbres.

1. Avoir une faible connaissance de soi

De manière générale, les élèves du secondaire ont l’impression de ne pas se connaître suffisamment pour faire un choix de carrière qui leur correspond, ce qui ne ferait qu’accentuer leur angoisse face à ce choix. «La plupart des adolescents que l’on rencontre nous le disent: “Il me semble que je suis encore trop jeune pour faire un choix de carrière.”», me raconte la conseillère d’orientation Audrey Dupuis.

Toutefois, selon Audrey, les élèves du secondaire se connaissent bien plus qu’ils ne le croient. C’est simplement qu’ils ont de la difficulté à mettre des mots sur qui ils sont, ce qu’ils aiment et ce qu’ils valorisent.

«Souvent, ce n'est pas nécessairement que les élèves ne se connaissent pas, c'est surtout qu'ils ne connaissent pas encore les mots pour se décrire. Ils savent un peu qui ils sont, mais ils ont encore de la difficulté à nommer leurs intérêts ou leurs valeurs.» -Audrey Dupuis, conseillère d'orientation et doctorante en éducation

Les activités de connaissance de soi sont alors au cœur de l’intervention en orientation pour aider les jeunes anxieux à mieux connaître leurs intérêts, leurs valeurs et leur personnalité. Selon l’expérience d’Audrey Dupuis, ces activités permettent souvent aux jeunes de faire des prises de conscience importantes sur qui ils sont. Parfois, cette simple clarification permet de résoudre l’indécision entre plusieurs choix d’orientation:

«Il y a une élève qui hésitait beaucoup entre le métier d'actrice et le domaine de la relation d'aide. Puis après avoir fait un atelier sur les valeurs, pour elle les valeurs qui ressortaient le plus, c'était la famille, aider les autres, prendre soin. À ce moment, pour cette jeune, ça a fait un déclic: “Eille! Mes valeurs c'est ça. Je vais aller en relation d'aide.”» -Audrey Dupuis, conseillère d'orientation et doctorante en éducation

Enfin, face à des jeunes qui considèrent ne pas suffisamment se connaître pour réaliser un choix de carrière, il peut être nécessaire de leur expliquer qu’il est tout à fait normal de ne pas se connaître dans son entièreté à 16 ou 17 ans. Que la connaissance de soi continue d’évoluer tout au long de l’entrée dans la vie adulte, et même au-delà.

De plus, un choix de carrière adapté à soi aujourd’hui a des chances de ne plus nous correspondent dans 10 ans en raison dépendamment de nos expériences de vie. Ça peut sembler être une évidence pour certains, mais ça ne l’est pas pour plusieurs jeunes. Il faut donc prendre le temps de d’aborder cette croyance avec eux.

2. La peur de faire le mauvais choix de carrière

La crainte de faire un «mauvais» choix de carrière, est, selon l’expérience d’Audrey Dupuis, la cause la plus commune associée à l’anxiété face au choix de formation chez les élèves du secondaire. La peur de se tromper en cache une autre, soit la peur d’avoir à changer de parcours scolaire en cours de route.

La recherche de la profession idéale

Il y a cette croyance que le premier choix de carrière doit être parfait et que tout changement à venir équivaut carrément à «recommencer à zéro», ce qui équivaut, selon le point de vue de plusieurs élèves, à une «perte de temps». Et il y aurait toujours cette idée qui circule qu’il existe UNE profession idéale (comme il existe UNE âme sœur) et qu’il faut à tout prix la trouver pour se sentir heureux et épanoui.

La recherche de la perfection vient toujours avec un prix, même en orientation professionnelle soit celui la de se tromper. Ce serait particulièrement le cas chez les élèves hautement performants et habitués à la réussite, qui veulent aussi que leur choix de carrière soit le signe de l’excellence. Le rôle du professionnel de l’orientation est alors de décortiquer et de déconstruire cette croyance avec l’élève.

Une faible estime de soi

Dans d’autres cas, il s’agit plutôt de la peur de s’engager dans une voie professionnelle pour laquelle on ne dispose pas des réelles compétences pour exercer son métier ou sa profession. Ici, l’estime de soi est au cœur de l’anxiété générée par le choix de carrière: «est-ce que je serai vraiment capable d’atteindre les objectifs que je vais me fixer?».

Une jeune femme regarde le plan d'une ville. Elle est assise sur le capot de sa voiture grise. On ne voit pas son visage, car il est caché par la carte. Le ciel est bleu et on y voit quelques gros nuages blancs.

3. Avoir à faire des deuils professionnels

Au fur et à mesure de leur parcours scolaire, les élèves prennent progressivement connaissance, et parfois avec surprise et consternation, des portes professionnelles qui se ferment réalistement à eux. Les deuils professionnels, selon Audrey Dupuis, sont plus courants qu’on ne le croit et ils doivent être considérés lorsqu’on s’intéresse à l’anxiété face au choix de carrière chez les jeunes.

À titre d’exemples, les faibles résultats scolaires peuvent empêcher, à court terme du moins, l’accès à certains programmes collégiaux ou universitaires. Même situation chez les élèves en situation de handicap qui découvrent qu’ils ne pourront «jamais» exercer certains emplois.

Bref, certains élèves ont à vivre de véritables deuils professionnels et réalisent alors que LA profession tant envisagée, celle qui semblait être en parfaite adéquation avec soi, doit finalement être oubliée.

4. La pression des parents

Le choix d’orientation peut également être une grande source d’angoisse lorsque les parents exercent une pression continue, parfois depuis un très jeune âge, quant à l’avenir professionnel de leur enfant.

«J'ai une élève dont les frères et sœurs plus âgés ont tous vécu un changement important dans leur parcours scolaire. Elle sentait beaucoup de pression de la part de ses parents : “Ok là, toi tu te tromperas pas comme les autres.”» -Audrey Dupuis, conseillère d'orientation et doctorante en éducation

Attentes parentales et rêves de jeunesse inachevés

Médecin, avocat(e), ingénieur(e), les attentes des parents en matière d’orientation professionnelle peuvent être particulièrement élevées, surtout chez ceux qui souhaitent que leur enfant se rende aussi loin qu’eux. Voire encore plus loin qu’ils ne l’ont jamais été, professionnellement parlant.

Et cette pression dure parfois jusqu’aux études collégiales et universitaires, pouvant même prendre la forme d’une emprise financière : «Si tu changes de programme, je ne paierai plus tes études.»

Par le biais de leurs enfants, certains parents souhaitent, consciemment ou non, atteindre leurs propres rêves de jeunesse. «Moi, j’ai pas eu la chance d’aller à l’université, donc toi tu vas y aller», me donne en exemple Audrey. Mais est-ce que ce choix d’orientation correspond vraiment à l’élève? C’est bien là toute une autre source d’angoisse : cette peur de faire un choix qui ne me correspond peut-être pas, simplement pour plaire à mes parents.

Porter sur soi le rêve et l’ambition professionnelle de ses parents, voilà tout un poids à porter sur ses épaules, surtout à un si jeune âge.

5. La précarité financière

Pour les jeunes qui ont assez peu de soutien financier de leurs parents, l’orientation de carrière prend une tout autre signification, soit la crainte de s’engager dans une voie parsemée de difficultés financières. «Est-ce que j’arriverai à payer mes études universitaires et tout ce que ça comprend?» Pour ces jeunes, l’endettement constitue un autre aspect du choix de carrière qui en est la source d’anxiété.

Pour en savoir plus, lire notre article sur l‘endettement étudiant au Canada et au Québec.

6. Des services d’orientation professionnelle peu accessibles

Un manque de conseillers et de conseillères d’orientation professionnelle dans les écoles secondaires

En ce moment, au Québec, l’orientation en milieu scolaire est caractérisée par des inégalités, d’une école à l’autre, dans l’accès à un conseiller d’orientation.

En raison des coupes budgétaires en éducation des années précédentes, ce n’est généralement pas tous les élèves d’une école secondaire qui ont la possibilité de rencontrer un conseiller d’orientation et d’être accompagnés dans leur choix de carrière.

Il ne serait ainsi pas rare qu’un même conseiller d’orientation doive couvrir plusieurs écoles à la fois dans une même année scolaire. Dans d’autres cas, ils sont tout simplement surchargés et doivent limiter grandement leurs interventions.

«Les conseillers et conseillères d'orientation sont parfois si surchargés qu'ils se limitent à rencontrer les élèves de 5e secondaire. Or, les plus jeunes peuvent aussi vivre de l'anxiété face à leur choix de carrière. Ils n'auront pas cette opportunité-là. Et même les élèves de 5e secondaire, ils peuvent rarement bénéficier d'un long processus d'orientation. En général, ça se limite à une ou quelques rencontres. Pour des élèves anxieux, c'est insuffisant.» -Audrey Dupuis, c.o. et doctorante en éducation
Une thérapeute parle à son client. La thérapeute est assise sur une chaise. Elle est caucasienne et porte un chandail gris et des pantalons noirs. Le client est un homme afro-américain ayant de longs cheveux. Il porte un chandail brun et des pantalons noirs. Il est assis sur un sofa. Ils sont assis sur une chaise, face à face, dans un bureau blanc. Il y a une grande plante verte et une fenêtre qui donne accès à un bloc appartement.

Une méconnaissance du rôle des professionnels de l’orientation professionnelle

Le rôle des conseillers et conseillères d’orientation, explique Audrey Dupuis, serait souvent méconnu par les directions d’écoles secondaires. Il existerait d’ailleurs une méconnaissance de l’étendue des interventions que les professionnels de l’orientation peuvent accomplir auprès des jeunes et de la pertinence de leurs interventions sur la réussite scolaire des élèves.

Dans ces conditions, à budget limité, plusieurs écoles préfèrent investir dans d’autres types de professionnels, comme des psychoéducateurs et psychoéducatrices, des psychologues ou des techniciens et techniciennes en éducation spécialisée (TES).

De plus, en raison de cette méconnaissance, il n’est pas rare qu’une bonne portion de la fonction scolaire des conseillers et conseillères d’orientation soit limitée à l’exécution de tâches administratives (ex.: fiches d’inscription au collégial).

Cela a nécessairement une incidence directe sur le temps d’intervention qu’ils peuvent investir auprès des élèves qui vivent de l’anxiété face à leur choix de carrière. Ou encore du temps qui pourrait être investi plus tôt dans la formation, ce qui permettrait aux élèves d’en arriver à un choix d’orientation plus solide une fois arrivés en 5e secondaire.

Un manque d’espace de partage autour du choix de carrière

De plus, les adolescent.e.s ont rarement accès à des espaces spécifiquement mis en place dans l’école pour discuter, entre eux, de leur choix de carrière et des émotions que ça peut leur faire vivre.

Audrey explique que ce type d’espaces pourrait permettre de conscientiser les adolescents à toute la normalité autour des émotions vécues face au choix de carrière. Et ainsi les démystifier. Possibilité d’en parler, de les vivre, de s’en libérer.

Il n’existe plus de cours d’éducation au choix de carrière

Au Québec, depuis une dizaine d’années, il n’existe plus de cours centrés exclusivement à l’orientation professionnelle communément appelés cours d’éducation au choix de carrière.

Ces cours ont été remplacés par ce qu’on appelle dans le jargon scolaire les «contenus en orientation scolaire et professionnelle» (COSP) (pour en savoir plus). Les COSP sont obligatoires, mais ne prennent pas la forme d’un cours.

Dans toute une année scolaire, les enseignant.e.s – et non les professionnels de l’orientation, comme on pourrait s’y attendre – ont la responsabilité d’enseigner de 5 à 10 heures de contenus en orientation scolaire et professionnelle. Audrey Dupuis explique qu’il s’agit de contenus très pertinents pour contribuer à réduire l’anxiété face au choix de carrière, mais que ces contenus sont souvent implantés de manière très inégale d’une école à l’autre.

En bref, les écoles secondaires offrent aujourd’hui une base bien mince de services en orientation.

Les effets néfastes de l’anxiété face au choix de carrière

1. Éviter et repousser la prise de décision de carrière

L’évitement est caractéristique des personnes souffrant d’anxiété. De la même manière, les personnes qui sont angoissées face à leur choix de carrière ont tendance, pour diminuer justement l’anxiété ressentie, à éviter de penser au choix qui doit éventuellement être fait.

Les élèves anxieux face à leur choix de carrière repoussent souvent cette prise de décision le plus loin possible dans le temps. De la même manière, ils vont éviter de poser des comportements qui pourraient les aider à y voir plus clair, tels qu’une rencontre avec une ou un conseiller d’orientation ou la recherche d’information sur les formations.

«“Je suis allé voir un conseiller d'orientation, il m'a donné des exercices à faire, mais je ne les ai pas faits.” Qu'est-ce qui fait qu'il ne les a pas fait? Juste se mettre en action, tout seul, les jeunes anxieux vont avoir tendance à éviter de le faire, parce que ça peut augmenter l'anxiété qu'ils vont ressentir.»

2. Faire un choix d’orientation professionnelle sur un coup de tête

À l’autre extrême, la réponse à l’anxiété face au choix de carrière est tout simplement de s’en libérer en faisant un choix sans trop y réfléchir, voire au hasard, simplement pour ne pas vivre les émotions négatives associées à l’anxiété.

3. Absentéisme et faibles résultats scolaires

Dans certains cas, l’anxiété face au choix de carrière se traduit directement sur l’expérience scolaire des élèves. L’école en soi devient une expérience angoissante par ce qu’elle représente en termes de décisions de carrière.

Par conséquent, des élèves anxieux peuvent en venir à se désintéresser de leurs cours, à s’absenter plus régulièrement et à être de moins en moins investis dans leurs études. Dans le pire des cas, c’est carrément l’interruption des études qui est envisagée.

Or, explique Audrey Dupuis, ces effets néfastes sur l’expérience scolaire des jeunes ne feraient qu’exacerber à leur tour l’angoisse face au choix d’orientation.

En effet, étant donné la structure même de notre système d’éducation, la baisse en continu des résultats scolaires limite malheureusement l’accès à certains programmes collégiaux, universitaires et de la formation professionnelle.

Cette conséquence peut être inattendue et amplifier l’anxiété déjà présente.

Une jeune femme feuillette un livre dans une librairie. Elle porte un chandail gris et des jeans. Elle se tient debout devant de grandes bibliothèques blanches, remplies de livres.

Comment réduire l’anxiété face au choix de carrière?

La conseillère d’orientation Audrey Dupuis propose quelques pistes d’action pour aider les jeunes à mieux vivre leur processus de décision de carrière et ainsi diminuer, on l’espère, l’anxiété face au choix de carrière:

  • Présenter des modèles de professionnels qui n’ont pas un parcours linéaire ou qui se sont réorientés en cours de route;
  • Participer à des activités d’exploration de soi en groupe pour apprendre à mettre des mots sur sa propre personne (intérêts, valeurs, personnalité)
  • Tenir un journal de bord à propos de son processus de choix de carrière: Qu’est-ce qui fait que cette profession t’intéresse en ce moment? Qu’est-ce qui fait que tu as finalement changé d’idée? Qu’est-ce que tu as appris de toi-même?
  • Déconstruire les grandes étapes du processus de prise de décision. Préparer un plan d’action concret sur les prochaines étapes à réaliser. Le plan d’action permet aux personnes anxieuses de se sentir plus en contrôle à propos de leur avenir.
  • Parents: être à l’écoute des questionnements de votre enfant, lui laisser de l’espace pour qu’il puisse s’exprimer sans qu’il ne se sente d’emblée jugé par votre opinion;
  • Parents: accompagner votre jeune dans leur démarche d’orientation, comme la recherche d’information. Établir des moments d’accompagnement au courant de l’année.

Un grand merci à Audrey Dupuis, qui a bien voulu m’offrir de son temps pour que je puisse vous écrire cet article. Vous trouverez ici de l’information sur le Programme HORS-PISTE produit par le Centre RBC d’expertise universitaire en santé mentale, et dont Audrey Dupuis fait partie, à titre de doctorante en éducation.

Pandémie et choix de carrière, un cocktail explosif pour les étudiants

Des étudiants sont assis à une table et travaillent avec leurs portables

On connaît tous une personne (il s’agit peut-être de toi?) dont la vie a été chamboulée pendant la pandémie. Anxiété généralisée, dépression, épuisement professionnel, dépendances… L’imprévisibilité du déroulement de la pandémie, l’insécurité financière et la solitude occasionnée par le confinement ont fait grimper en flèche les problèmes de santé mentale dans la population. C’est ce que nous confirme de plus en plus de recherches sur le sujet.

Ce fut aussi l’occasion, pour beaucoup d’entre nous, de remettre en question notre mode de vie, nos priorités… et notre travail! «Suis-je vraiment satisfait au travail?» «Est-ce que je m’y sens utile?» «Est-ce que je travaille trop?».

En tant que spécialiste en orientation professionnelle, mon intuition me disait que la pandémie allait sûrement avoir des effets tangibles sur le choix de carrière des jeunes. Et c’est bien ce que révèle la nouvelle étude d’Academos sur le sujet. J’ai donc décidé de vous résumer, en quelques points, les principaux résultats de cette étude intitulée Impact de la pandémie sur le choix de carrière des étudiants québécois et canadiens.

Près de 3200 étudiant.e.s québécois.es de 14 à 30 ans ont répondu au sondage réalisé par Academos. Ce n’est pas rien!

Je vous présente ici quelques faits saillants de l’étude, ceux qui ont le plus attiré mon attention.

1 étudiant sur 2 pense davantage à son choix de carrière

Depuis la pandémie, 52% des étudiant.e.s québécois.es ont davantage réfléchi à leur choix de carrière. Cette statistique est assez impressionnante, bien qu’assez prévisible. Pendant la pandémie, on a vécu, à grande échelle, un phénomène assez exceptionnel, celui de la suspension du temps, de son ralentissement : confinement, cours à distance, retour progressif en classe, impossibilité de retourner travailler dans son emploi étudiant (ex.: en restauration). Le temps, vécu subjectivement, a basculé radicalement pour plusieurs.

Par conséquent, de nombreux jeunes étudiant.e.s se sont retrouvés plus seuls qu’ils ne l’ont jamais été, mais aussi davantage au ralenti, sans devoir être investis dans une multitude d’activités comme cela leur était coutume. Ce ralentissement soudain du temps, mais aussi l’isolement, auraient permis aux jeunes de prendre du temps pour soi ET du temps pour réfléchir sur eux-mêmes. «Quels sont vraiment mes intérêts? » « Qu’est-ce que je valorise dans la vie? » « Quel type d’avenir professionnel je souhaite avoir?»

Une femme regarde à travers une fenêtre et on y voit son reflet
«J’ai pu prendre plus de temps pour réfléchir aux choses qui m’intéressent. Avant la pandémie, j’étais très occupée. J’avais beaucoup d’activités parascolaires. J’avais l’école et je n’avais jamais de temps pour moi. Je pensais rarement au futur ou aux métiers qui m’intéressaient. Mais quand il a fallu s’isoler à la maison, j’ai pu finalement considérer ce que je voulais faire comme métier.» -Citation provenant de l'étude Academos.

Et avec l’ébranlement de plusieurs grands secteurs de l’économie – on n’a qu’à penser à l’industrie du tourisme, de la restauration, de la culture et des arts – plusieurs étudiant.e.s ont aussi commencé à remettre en question des choix de carrière pris antérieurement ou tout simplement à remettre en question leur formation actuelle. Les effets d’éventuelles pandémies, dans un avenir prochain, sont maintenant pris en compte par les étudiant.e.s.

2 étudiants sur 5 sont plus anxieux vis-à-vis leur choix de carrière

Pour être plus exact, 42% des étudiant.e.s québécois.es disent être plus anxieux quant à leur choix d’orientation depuis le début de la pandémie. De plus, 44% se disent inquiets(ètes) face à leur avenir professionnel en raison de la pandémie. Ces résultats sont préoccupants, sachant que la santé mentale des jeunes fut durement touchée pendant la pandémie en raison de l’isolement (dépression, anxiété, troubles alimentaires). Cela ne fait qu’ajouter à la complexité des difficultés psychologiques que peuvent vivre les jeunes.

En somme, les étudiant.e.s ont davantage réfléchi à la direction professionnelle à envisager dans les prochaines années, mais cette réflexion est souvent assortie de craintes et d’anxiété face à l’avenir. Surtout dans un contexte où des secteurs d’emploi doivent entièrement se réinventer. En raison du contexte de l’école en virtuel, plusieurs ont vu leur motivation et leurs résultats scolaires chuter, entrainant du même coup de l’anxiété quant à la possibilité d’entrer dans certains programmes contingentés. Pris de court, plusieurs étudiant.e.s se voient forcés de réfléchir à un autre choix de carrière, à un plan B.

«J’ai peur de ne pas réussir à entrer dans le programme qui m’intéresse à l’université à cause du manque de motivation. Donc, je suis très inquiète par rapport au fait de me voir dans l’obligation de faire un choix de carrière qui ne correspond pas totalement.» -Citation tirée de l'étude d'Academos.

Le choix de carrière étant déjà une source d’anxiété lors de l’adolescence et de l’entrée dans la vie adulte, on se rend compte à la lecture de ces résultats que le choix de carrière est devenu un enjeu fondamental pour bien des jeunes. Pourtant, à ma connaissance, en date d’aujourd’hui aucune mesure d’envergure n’a été mise en place par le gouvernement québécois pour accompagner les jeunes dans leurs choix d’orientation (écrivez-moi en commentaires si jamais j’ai tort). De telles mesures seraient aussi bonnes pour l’économie que pour la santé mentale et émotionnelle des jeunes et de leur famille.

1 étudiant sur 2 n’a plus la même vision du monde du travail

Plusieurs personnes assises à l'extérieur regardent leur téléphone portable

En raison de la pandémie, 44% des étudiant.e.s québécois.es n’ont plus la même perception du monde du travail. Et parmi ceux-ci, près d’une personne sur deux (45%) en a une image plus négative qu’avant la pandémie, comparativement au 5% qui en ont une image plus positive. Le marché du travail n’est pas aussi sécuritaire et stable qu’ils ne le pensaient. Et certains emplois sont plus stressants ou monotones qu’ils ne le croyaient.

Mais ce qui semble le plus avoir changé chez les jeunes, depuis la pandémie, c’est la manière de penser les emplois et d’appréhender le marché du travail. Les jeunes ont acquis de nouvelles manières de catégoriser les emplois.

«Je n’avais jamais vu le monde du travail divisé en catégories d’emplois essentiels et non essentiels. Je ne suis pas d’accord avec la catégorisation de certains domaines comme non essentiels. J’ai aussi remarqué à quel point l’éducation et la santé sont des domaines qui ont été précarisés, chose qui m’attriste beaucoup.» -Citation tirée de l'étude d'Academos.

En effet, pour de nombreux étudiant.e.s, il existe maintenant des emplois essentiels et des emplois qui ne le sont pas. Et il existe des emplois qui sont valorisés par le gouvernement et d’autres qui ne le sont pas. Il s’agit d’une conséquence indirecte des décisions gouvernementales visant à fermer certains secteurs de l’économie lors du confinement.

Pour plusieurs, cette nouvelle représentation du marché du travail a été déterminante dans leur choix de carrière. En effet, près d’un étudiant québécois sur cinq (22%) a changé de choix de carrière en raison de la pandémie. Les résultats de l’étude d’Academos ne permettent pas de déterminer avec précision la nature de ces nouveaux choix, mais il se pourrait bien que plusieurs jeunes se soient détournés de certains domaines essentiels pour la société (la santé!), qui souffrent en ce moment, et dans les années à venir, d’une importante pénurie de main-d’œuvre.


Je n’ai présenté ici que quelques grands résultats de l’étude d’Academos Impact de la pandémie sur le choix de carrière des étudiants québécois et canadiens . Je vous encourage à la consulter en entier pour en savoir plus sur l’impact de la pandémie sur les choix d’orientation des étudiant.e.s québécois et canadiens.