Pandémie et choix de carrière, un cocktail explosif pour les étudiants

Des étudiants sont assis à une table et travaillent avec leurs portables

On connaît tous une personne (il s’agit peut-être de toi?) dont la vie a été chamboulée pendant la pandémie. Anxiété généralisée, dépression, épuisement professionnel, dépendances… L’imprévisibilité du déroulement de la pandémie, l’insécurité financière et la solitude occasionnée par le confinement ont fait grimper en flèche les problèmes de santé mentale dans la population. C’est ce que nous confirme de plus en plus de recherches sur le sujet.

Ce fut aussi l’occasion, pour beaucoup d’entre nous, de remettre en question notre mode de vie, nos priorités… et notre travail! «Suis-je vraiment satisfait au travail?» «Est-ce que je m’y sens utile?» «Est-ce que je travaille trop?».

En tant que spécialiste en orientation professionnelle, mon intuition me disait que la pandémie allait sûrement avoir des effets tangibles sur le choix de carrière des jeunes. Et c’est bien ce que révèle la nouvelle étude d’Academos sur le sujet. J’ai donc décidé de vous résumer, en quelques points, les principaux résultats de cette étude intitulée Impact de la pandémie sur le choix de carrière des étudiants québécois et canadiens.

Près de 3200 étudiant.e.s québécois.es de 14 à 30 ans ont répondu au sondage réalisé par Academos. Ce n’est pas rien!

Je vous présente ici quelques faits saillants de l’étude, ceux qui ont le plus attiré mon attention.

1 étudiant sur 2 pense davantage à son choix de carrière

Depuis la pandémie, 52% des étudiant.e.s québécois.es ont davantage réfléchi à leur choix de carrière. Cette statistique est assez impressionnante, bien qu’assez prévisible. Pendant la pandémie, on a vécu, à grande échelle, un phénomène assez exceptionnel, celui de la suspension du temps, de son ralentissement : confinement, cours à distance, retour progressif en classe, impossibilité de retourner travailler dans son emploi étudiant (ex.: en restauration). Le temps, vécu subjectivement, a basculé radicalement pour plusieurs.

Par conséquent, de nombreux jeunes étudiant.e.s se sont retrouvés plus seuls qu’ils ne l’ont jamais été, mais aussi davantage au ralenti, sans devoir être investis dans une multitude d’activités comme cela leur était coutume. Ce ralentissement soudain du temps, mais aussi l’isolement, auraient permis aux jeunes de prendre du temps pour soi ET du temps pour réfléchir sur eux-mêmes. «Quels sont vraiment mes intérêts? » « Qu’est-ce que je valorise dans la vie? » « Quel type d’avenir professionnel je souhaite avoir?»

Une femme regarde à travers une fenêtre et on y voit son reflet
«J’ai pu prendre plus de temps pour réfléchir aux choses qui m’intéressent. Avant la pandémie, j’étais très occupée. J’avais beaucoup d’activités parascolaires. J’avais l’école et je n’avais jamais de temps pour moi. Je pensais rarement au futur ou aux métiers qui m’intéressaient. Mais quand il a fallu s’isoler à la maison, j’ai pu finalement considérer ce que je voulais faire comme métier.» -Citation provenant de l'étude Academos.

Et avec l’ébranlement de plusieurs grands secteurs de l’économie – on n’a qu’à penser à l’industrie du tourisme, de la restauration, de la culture et des arts – plusieurs étudiant.e.s ont aussi commencé à remettre en question des choix de carrière pris antérieurement ou tout simplement à remettre en question leur formation actuelle. Les effets d’éventuelles pandémies, dans un avenir prochain, sont maintenant pris en compte par les étudiant.e.s.

2 étudiants sur 5 sont plus anxieux vis-à-vis leur choix de carrière

Pour être plus exact, 42% des étudiant.e.s québécois.es disent être plus anxieux quant à leur choix d’orientation depuis le début de la pandémie. De plus, 44% se disent inquiets(ètes) face à leur avenir professionnel en raison de la pandémie. Ces résultats sont préoccupants, sachant que la santé mentale des jeunes fut durement touchée pendant la pandémie en raison de l’isolement (dépression, anxiété, troubles alimentaires). Cela ne fait qu’ajouter à la complexité des difficultés psychologiques que peuvent vivre les jeunes.

En somme, les étudiant.e.s ont davantage réfléchi à la direction professionnelle à envisager dans les prochaines années, mais cette réflexion est souvent assortie de craintes et d’anxiété face à l’avenir. Surtout dans un contexte où des secteurs d’emploi doivent entièrement se réinventer. En raison du contexte de l’école en virtuel, plusieurs ont vu leur motivation et leurs résultats scolaires chuter, entrainant du même coup de l’anxiété quant à la possibilité d’entrer dans certains programmes contingentés. Pris de court, plusieurs étudiant.e.s se voient forcés de réfléchir à un autre choix de carrière, à un plan B.

«J’ai peur de ne pas réussir à entrer dans le programme qui m’intéresse à l’université à cause du manque de motivation. Donc, je suis très inquiète par rapport au fait de me voir dans l’obligation de faire un choix de carrière qui ne correspond pas totalement.» -Citation tirée de l'étude d'Academos.

Le choix de carrière étant déjà une source d’anxiété lors de l’adolescence et de l’entrée dans la vie adulte, on se rend compte à la lecture de ces résultats que le choix de carrière est devenu un enjeu fondamental pour bien des jeunes. Pourtant, à ma connaissance, en date d’aujourd’hui aucune mesure d’envergure n’a été mise en place par le gouvernement québécois pour accompagner les jeunes dans leurs choix d’orientation (écrivez-moi en commentaires si jamais j’ai tort). De telles mesures seraient aussi bonnes pour l’économie que pour la santé mentale et émotionnelle des jeunes et de leur famille.

1 étudiant sur 2 n’a plus la même vision du monde du travail

Plusieurs personnes assises à l'extérieur regardent leur téléphone portable

En raison de la pandémie, 44% des étudiant.e.s québécois.es n’ont plus la même perception du monde du travail. Et parmi ceux-ci, près d’une personne sur deux (45%) en a une image plus négative qu’avant la pandémie, comparativement au 5% qui en ont une image plus positive. Le marché du travail n’est pas aussi sécuritaire et stable qu’ils ne le pensaient. Et certains emplois sont plus stressants ou monotones qu’ils ne le croyaient.

Mais ce qui semble le plus avoir changé chez les jeunes, depuis la pandémie, c’est la manière de penser les emplois et d’appréhender le marché du travail. Les jeunes ont acquis de nouvelles manières de catégoriser les emplois.

«Je n’avais jamais vu le monde du travail divisé en catégories d’emplois essentiels et non essentiels. Je ne suis pas d’accord avec la catégorisation de certains domaines comme non essentiels. J’ai aussi remarqué à quel point l’éducation et la santé sont des domaines qui ont été précarisés, chose qui m’attriste beaucoup.» -Citation tirée de l'étude d'Academos.

En effet, pour de nombreux étudiant.e.s, il existe maintenant des emplois essentiels et des emplois qui ne le sont pas. Et il existe des emplois qui sont valorisés par le gouvernement et d’autres qui ne le sont pas. Il s’agit d’une conséquence indirecte des décisions gouvernementales visant à fermer certains secteurs de l’économie lors du confinement.

Pour plusieurs, cette nouvelle représentation du marché du travail a été déterminante dans leur choix de carrière. En effet, près d’un étudiant québécois sur cinq (22%) a changé de choix de carrière en raison de la pandémie. Les résultats de l’étude d’Academos ne permettent pas de déterminer avec précision la nature de ces nouveaux choix, mais il se pourrait bien que plusieurs jeunes se soient détournés de certains domaines essentiels pour la société (la santé!), qui souffrent en ce moment, et dans les années à venir, d’une importante pénurie de main-d’œuvre.


Je n’ai présenté ici que quelques grands résultats de l’étude d’Academos Impact de la pandémie sur le choix de carrière des étudiants québécois et canadiens . Je vous encourage à la consulter en entier pour en savoir plus sur l’impact de la pandémie sur les choix d’orientation des étudiant.e.s québécois et canadiens.

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Dromadaire Mauve

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